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Traitement des endoscopes souples

Introduction

L’endoscopie joue un rôle important dans le diagnostic et le traitement d’affections respiratoires et gastro-intestinales. Grâce aux endoscopes, des zones internes non accessibles peuvent être visionnées sans pour autant faire une incision. En fonction du modèle, le passage et la progression d’outils diagnostiques ou thérapeutiques rendent possible des prélèvements et des gestes médicaux, évitant une chirurgie plus invasive. Mais l’examen conduit inéluctablement à une contamination de la surface et des canaux de l’instrument par la flore microbienne des patients. De plus, au cours de la procédure, des lésions provoquées par des effractions des muqueuses ou à la suite des biopsies peuvent survenir avec, pour conséquence, une contamination de l’endoscope par du sang. Dès lors, la méthode utilisée pour le retraitement de l’endoscope doit avoir une activité suffisante non seulement sur les microorganismes du tractus respiratoire et intestinal, mais également sur les microorganismes transmissibles par le sang, en particulier les virus de l’hépatite B et C ainsi que le VIH.

Depuis l’apparition, en 1995, de la nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob
(v-MCJ), les procédures de retraitement des endoscopes ont été révisées en tenant compte du risque potentiel de transmission des prions par les instruments. Le retraitement des endoscopes flexibles, ne pouvant supporter une stérilisation à la chaleur humide à 134°C pendant 18 minutes (endoscopes thermolabiles), comme stipulé dans les bases légales (OMCJ), requiert donc un haut niveau de désinfection.

Un nettoyage et une désinfection de l’endoscope après son utilisation sont des mesures indispensables pour prévenir la transmission de microorganismes. De fait, des infections découlant d’endoscopes insuffisamment désinfectés ont été décrites. Il s’agit en particulier d’infections dues à Mycobacterium tuberculosis, à des mycobactéries non tuberculeuses, à Pseudomonas aeruginosa et à Acinetobacter spp. Bien que l’incidence de telles infections soit faible (les estimations font état de 1 cas pour 1,8 millions d’endoscopies gastro-intestinales), les problèmes liés à une désinfection insuffisante des endoscopes sont probablement sous-estimés. L’observation de mini-épidémies consécutives à une désinfection insuffisante montre bien le rôle important de l’hygiène en endoscopie.
A l’exception des cystoscopes souples, le traitement des endoscopes destinés à l’exploration de cavités stériles (articulations, plèvre, péritoine) ou endoscopes rigides ne sera pas abordé dans ce document, , ces instruments devant subir un procédé de stérilisation.

Principes de base pour la préparation des endoscopes

Les endoscopes souples, contrairement aux rigides, ne peuvent pas être stérilisés vu leur conception à parois souples, incluant des surfaces sensibles et non compatibles avec de fortes températures.

Ils sont, en raison de leur composition (canaux petits et  nombreux, fibres optiques, moteur, accessoires multiples …), parmi les instruments les plus difficiles à nettoyer et à désinfecter.

Bien que ces dispositifs soient très utilisés aussi bien à l’hôpital qu’en pratique ambulatoire, les recommandations varient passablement d’un pays à l’autre en Europe.

Dans ce document, les recommandations émises se basent sur les recommandations de Swiss-Noso (www.chuv.ch/swiss-noso/f104a1.htm )

Le principe de base en termes de standards de qualité est d’utiliser des instruments désinfectés (haut niveau de désinfection) pour l’examen endoscopique des cavités non stériles.

Etapes de retraitement des endoscopes

La procédure débute, immédiatement dès la fin de l’acte endoscopique, par le nettoyage du dispositif de tous les résidus organiques (par exemple sang, sécrétions, etc.) et se termine par le stockage de l’appareil dans un endroit sec et à l’abri d’une re-contamination, jusqu’à sa prochaine utilisation. La qualité de la désinfection du dispositif est étroitement dépendante de la minutie avec laquelle il a été nettoyé. Ceci permet en effet au processus de désinfection, qu’il soit chimique ou physique, d’exercer pleinement son action.

La pré désinfection

Elle doit avoir lieu en salle d’examen, aussitôt  l’examen terminé. Son objectif est de protéger le personnel et d’éviter le séchage des matières organiques et la formation d’un biofilm. La solution utilisée pour cette opération ne contiendra pas d’aldéhydes.

Le nettoyage

Il doit être précédé d’un test d’étanchéité dont le but est de déceler les endoscopes détériorés.
La phase de nettoyage est essentielle aussi bien lors du retraitement manuel qu’automatique de l’endoscope. Le nettoyage permet non seulement d’éliminer les débris organiques mais aussi les microorganismes. Le nettoyage conforme du dispositif induit une réduction de 1 à 5 log d’une contamination initiale du dispositif estimée de 108 à 109 germes. Lors du nettoyage, il est impératif d’utiliser un détergent non moussant, ayant un haut pouvoir enzymatique et exempt d’aldéhydes (les produits alcalins ou enzymatiques sont recommandés) et dilué selon les indications du fabricant (notice d’emballage). La température de l’eau du bain de nettoyage doit être conforme aux recommandations du fabricant mais ne doit pas excéder 45°C car à des températures supérieures il y a risque de coagulation des protéines qui, en se fixant sur les parois, empêchent l’action efficace de la désinfection.

Lors de cette opération, un écouvillonnage soigneux de tous les canaux du dispositif est primordial pour un retraitement optimal de l’endoscope.

Le rinçage intermédiaire

Ce rinçage sert à éliminer les matières organiques ainsi que toute trace du détergent (incompatibilité entre les produits utilisés pour le nettoyage et les produits utilisés pour la désinfection). Pour réaliser correctement ce rinçage il faut rincer l’extérieur et l’intérieur en irriguant soigneusement chaque canal.

La désinfection

La désinfection consiste en l’immersion complète de l’endoscope dans une solution désinfectante et à l’irrigation de l’ensemble des canaux avec le désinfectant, durant un temps suffisant pour permettre l’action du désinfectant. Le recours à la désinfection avec une solution de glutaraldéhyde à 2 % pendant 20 minutes entraîne une réduction de 4 à 6 log de Mycobacterium tuberculosis. Par contre, si l’endoscope n’a pas été nettoyé de manière satisfaisante, une exposition de 45 minutes avec une solution à 2,4 % est nécessaire pour obtenir un effet tuberculocide complet. Il est important lors du choix du produit désinfectant de se conformer aux recommandations du fabricant de l’endoscope et du produit désinfectant. Les types de désinfectant recommandés sont les aldéhydes et l’acide péracétique.

Le rinçage terminal

Les résidus de désinfectant peuvent avoir un effet toxique sur l’organisme. Dès lors, un rinçage minutieux après désinfection est nécessaire. L’eau courante peut contenir de nombreux microorganismes, en particulier des Pseudomonas aeruginosa, des mycobactéries non tuberculeuses, ainsi que des légionnelles. Vu le risque de contamination, le rinçage final de l’endoscope, y compris les canaux, nécessite une eau bactériologiquement maîtrisée (eau filtrée, distillée ou stérile).

Si le rinçage est effectué avec l’eau du réseau, un 2ème rinçage doit être effectué avec de l’alcool éthylique ou isopropylique si possible préalablement filtré.

Le séchage

Les canaux peuvent être séchés par air comprimé (air médical) ou par un rinçage avec une solution alcoolique. Afin de ne pas endommager l’endoscope, l’intensité de la pression utilisée pour l’air comprimé sera minime. Le séchage joue un rôle relatif si l’endoscope est réutilisé rapidement. Par contre s’il est prévu de réutiliser le dispositif qu’après un certain temps, on peut assister à une croissance microbienne sur l’endoscope pas ou mal séché.

Le stockage

Le stockage doit préserver le dispositif de toute recontamination. Il doit, par conséquent, avoir lieu dans des armoires fermées et pouvant être facilement nettoyées. Le stockage vertical des endoscopes doit toujours être privilégié. De plus, il faut veiller à ce que les instruments ne rentrent pas en contact les uns avec les autres.

Le stockage dans des valises de transport avec intérieur en mousse doit être aboli en raison du risque de contamination de la mousse.

Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de consensus quant à la fréquence et la nécessité de retraiter des endoscopes stockés.

Nous ne recommandons pas, en endoscopie au cabinet, le retraitement des endoscopes du moment qu’ils sont stockés dans des conditions adéquates.

Les accessoires

Ils seront nettoyés, désinfectés et stérilisés ou, à défaut, désinfectés avec le même produit que celui utilisé pour la désinfection de l’endoscope. L’utilisation d’accessoires à usage unique voire thermorésistants (pouvant être stérilisée à 134°C / 18 minutes) doit être privilégiée.

Les prélèvements microbiologiques de contrôle sur endoscope

La législation en vigueur en Suisse n’exige pas, pour l’heure, que des prélèvements de routine soient effectués sur des endoscopes.

Il n’existe pas de consensus d’experts internationaux sur la procédure à appliquer, le type de germe à rechercher ainsi que sur la fréquence de ce type d’examen.

Au vue du contexte actuel, nous ne recommandons pas la planification de prélèvements de routine.
Ce type de recherche doit être réservée à des investigations particulières (flambées de cas, vice dans la procédure) et doit être effectué par du personnel spécifiquement formé en collaboration avec des laboratoires de référence dans le domaine.

Conclusion

Le nettoyage et la  désinfection correcte des endoscopes souples est complexe. Bien que la fréquence d’infections exogènes après endoscopie semble faible, une désinfection standardisée et efficace de l’instrument est indispensable.

Fiches Techniques:

Traitement manuel des endoscopes souples - mode d'imploi

Traitement logigramme

Marche à suivre en image

Recommendations:

Traitement en machine laveur-désinfecteur

Traitement manuel

Littérature

  1. Francioli. P. Ruef. C. Désinfection des endoscopes souples: aspects pratiques et problèmes non résolus. Swiss Noso Vol 2 No 3, 1995
  2. Balmelli C. et al. Risque de transmission de prions en endoscopie : actualités sur les procédures de nettoyage et désinfection des endoscopes flexibles en cours en Europe et recommandations de la Swiss-Noso-CJD Task Force pour la Suisse. Swiss-Noso  Vol 10, No 4, 2003.
  3. Rutala WA, Weber DJ, and Healthcare Infection Control Practices Advisory Committee of CDC. Draft Guideline for the Disinfection and Sterilization of Healthcare Equipment. 2002.
  4. European Society of Gastrointestinal Endoscopy. Guidelines on cleaning and disinfection in gastrointestinal endoscopy. Endoscopy 2000 ; 32 : 77-83.
  5. Société Suisse de gastroenterology. Recommandation pour la désinfection des endoscopes souples. Ph. Bertschinger 2006
  6. ASGE Multi Society Guideline for reprocessing flexible gastrointestinal endoscopes Gastrointest Endoscopy 2003;58;1-8
  7. ESGE: Endoscopic Guidelines Endoscopy 2000;32;77-83
  8. Robert Koch Institut. Recommendations for hygienic processing of flexible endoscopes and accessory endoscopic devices. Bundesgesundheitsbl 2002 ; 45 : 395-411.
  9. Centre de coordination de la lutte contre les infections nosocomiales Sud-Ouest. Recommandations pour le traitement manuel des endoscopes non autoclavables 2003. http ://nosobase.chu-lyon.fr/recommandations/Desinfection/endopSO.pdf.
  10. Martin MA, Reichelderfer M. APIC guideline for infection prevention and control in flexible endoscopy. Am J Infect control 1994;22:19-38
  11. APIC Guideline for Infection Prevention and control in flexible endoscopy. Am J Infect Control. 2000 Apr;28(2):138-55.
  12. Guidelines for Infection Prevention and Control in Endoscopy. Endoscopy Working Group, Infection Control Subcommittee, Manitoba Advisory Committee on Infectious Diseases, 2000.
  13. Fuselier H. Mason C. Liquid sterilization versus high level disinfection in the urologic office. Urology 1997 50 (3): 337-340.
  14. WGO-OMGE and OMED Practice Guideline : Endoscope Disinfection, December 14, 2005

  1. Ordonnance sur les dispositifs médicaux (Odim) du 17 octobre 2001 (Etat le 1er octobre 2008)
  2. EN ISO 15883-4-2008: Exigences et essais pour les laveurs désinfecteurs destinés à la désinfection chimique des endoscopes thermolabiles




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Dernière modification le 24.11.2009